Le château des Jaubertes

On ne sait rien de l’origine même du château des Jaubertes. En revanche, on peut déduire de ce que l’on voit du château (notamment la tour enfermant le grand escalier), que sa construction date de la Renaissance, c’est-à-dire entre le XVe et le XVIe siècle.

Des noms !

De leur côté, les archives, plus prolixes en informations, nous relatent le nom des différents détenteurs du château.
Ainsi, le 8 avril 1481, découvre-t-on un certain Gassies des Apas, qui s’avère être co-seigneur de Castets-en-Dorthe et des Jaubertes. Par succession, la co-seigneurie des Jaubertes échoit à une Nicole de Gassies des Apas, laquelle le transmet à son petit-fils, vicomte d’Uza, de la famille de Luz (aujourd’hui Luz Saluces).
Cette seigneurie reste dans la famille de Luz jusqu’au 3 janvier 1587, date à laquelle Jean de Luz, vicomte d’Uza, la vend au co-seigneur Jacques des Cars de Merville, grand sénéchal de Guyenne. Le 15 novembre 1590, le sénéchal de Merville acquiert auprès du marquis de Fabas, chef du clan protestant, tous les droits que ce dernier possédait en tant que co-seigneur des Jaubertes. Il en résulte la séparation de la seigneurie des Jaubertes de celle de Castets (nous remarquerons au passage que c’est à cette date qu’a été construit le pigeonnier du Salin).

Le château en ???

C’est alors que la co-seigneurie de Castets et des Jaubertes, revient au marquis de Fabas par sa femme Louise de Chassaigne, cousine d’Isabeau de Chassaigne. Le 10 août 1594, le grand sénéchal de Merville vend à Isabeau de Chassaigne, veuve de Raymond de Pontac (président au Parlement de Bordeaux et frère de l’évêque Arnaud de Pontac), le château et la seigneurie des Jaubertes pour la coquette somme de 15 000 écus.
Au décès d’Isabeau de Chassaigne, la seigneurie des Jaubertes échoit à sa fille Finette de Pontac, qui épousa François de Pontac, lequel mourut en 1694. À son décès, la seigneurie des Jaubertes échoit à Léon de Pontac. Étant l’aîné de la famille et n’ayant pas de descendance, ce dernier lègue la seigneurie au futur aîné de la famille. À son décès en décembre 1730, la seigneurie revient donc à Jean-François de Pontac et depuis, la seigneurie, devenue le domaine des Jaubertes, n’a jamais quitté la famille, respectant ainsi la volonté de Léon de Pontac qui avait demandé que le château soit attribué d’une génération à l’autre au futur aîné de la famille… ce qui a, jusqu’à ce jour, toujours été respecté.
Lorsque Léon de Pontac lègue la seigneurie des Jaubertes, la parenté entre Léon et Jean-François de Pontac remonte déjà à plus de cent ans.

Vue du parc

Architecture

Tour d′entrée

L’ensemble des bâtiments entourant le château des Jaubertes est assez complexe. Le bâtiment principal est, bien entendu, le château lui-même. Il est prolongé par des bâtiments qui, initialement, servaient de garde-meubles et de greniers à grain.
Au sud de l’entrée de la cour se trouve un bâtiment qui était une écurie pouvant héberger dix chevaux, avec un logement pour le palefrenier et le stockage du foin.
À l’extrémité du bâtiment côté est, un pigeonnier a été construit au-dessus d’une ancienne tour de défense. Greffés dans le prolongement du château avec une orientation est/ouest, deux bâtiments construits pour y loger les orangers l’hiver, servaient l’été de décor au terrain attenant. Sur les terrains de la partie ouest sont implantés deux grands bassins en pierre de taille, alimentés par une source captée au XVIIIe siècle.
Construit entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle, le château des Jaubertes a été bâti par les seigneurs de Castets pour leur permettre d’avoir un château d’accueil et de loisir, et de pouvoir ainsi vivre plus aisément qu’au château de Castets, lequel était à l’origine une forteresse, certes construite par un neveu du pape Clément V, mais dépourvue de tout confort.
En examinant les plans du château au XVIIIe siècle, on peut deviner que le rez-de-chaussée était réservé au repos du seigneur de l’époque et à l’accueil, avec deux grands salons (le reste du rez-de-chaussée étant affecté au service).
Aujourd’hui, l’utilisation de ces pièces est différente : la chambre à coucher est devenue une bibliothèque et la grande salle a été coupée en deux au XIXe siècle pour y implanter une salle de billard et un plus petit salon.
Si l’on observe le plan du rez-de-chaussée (voir ci-dessus), on peut deviner par l’affectation inscrite, la diversité d’utilisation des pièces (bien sûr, l’aménagement actuel n’a plus rien à voir avec ce plan, sauf pour ce qui est de la cuisine).
On y lit en effet :
  • Dépense (endroit de stockage des provisions)
  • Office (pièce où l’on préparait les services)
  • Garde-manger (endroit de stockage de la viande et des plats)
  • Chambre du cuisinier (un homme, donc)
  • Cuisine
  • Souillarde
  • Lieux (les toilettes)
  • Fournière (qui communiquait avec la cuisine et était équipée de deux fours pour le pain et la cuisson des volailles)
  • Chay à vin
  • Chay à bois
  • Remise (serre)
  • Prison
  • Chay à différents usages
  • Grange pour la paille
Le premier étage du château est accessible par trois escaliers à vis en pierre de taille, dont un tout à fait grandiose. La distribution des pièces, qui sont des chambres à coucher, n’a pas été modifiée, mais les aménagements ont changé par l’implantation – notamment – de couloirs favorisant l’intimité, et de cabinets de toilette.
Le deuxième étage n’a été aménagé qu’au XXe siècle pour loger la famille, qui était alors nombreuse et l’est encore.
Au départ, l’extérieur du château était de style Renaissance, avec des fenêtres dites « à meneau », divisant la fenêtre en quatre compartiments. C’est un architecte renommé du nom de Poitevin qui a remodelé tout l’extérieur avant et arrière du château en 1837.
On a une vision Renaissance du château avec la tour, de style gothique flamboyant, qui renferme le grand escalier. Ce dernier présente d’ailleurs une spirale qui va de la droite vers la gauche, ce qui montre bien que le château n’était pas un bâtiment défensif. En effet, cet escalier aurait autrement été inversé, afin de permettre aux défenseurs d’en descendre tout en pouvant aisément manier leur arme du bras droit, et de gêner l’ennemi qui, lui, voyait sa main droite entravée.
Parmi les éléments qui sortent de l’ordinaire, on notera :
  • La chapelle
  • La cave
  • Le pigeonnier
  • Les orangeries
La chapelle est répertoriée sous le nom de « Notre-Dame de Pitié ». Au départ, ce vocable n’était pas aux Jaubertes, mais à l’église Sainte Madeleine de Castets. Le bâtiment a été fondé le 8 avril 1481 avec l’accord du pape par un membre de la famille Gassies des Apas, co-seigneur de Castets et des Jaubertes.
Suite aux tribulations des guerres de religion à la fin du XVIe siècle, l’église Sainte Madeleine fut détruite, ce qui fut donc également le cas de la chapelle.
C’est à la demande d’Arnaud de Pontac, évêque de Bazas, que le vocable de cette chapelle put être transféré aux Jaubertes. La chapelle fut alors construite en 1608, soit trois ans après le décès d’Arnaud de Pontac, mort aux Jaubertes.
Pour construire cette chapelle à l’endroit où elle se trouve, il fallut déplacer la muraille, un travail absolument considérable. Sa particularité est qu’elle est surmontée de deux chambres, configuration proprement unique en son genre. Aujourd’hui, l’édifice sert toujours de chapelle de secours.
La cave du château est située sous la pièce dénommée « chambre à coucher », où se trouve l’actuelle bibliothèque. On y accède par un escalier plat, démarrant à partir du seuil du grand escalier. C’est une cave voûtée qui est la première pièce construite pour le château.
Dans le fond, un aménagement en pente permettait, depuis l’extérieur, d’y faire descendre des barriques. Petite particularité : le sol de la cave est percé de deux cônes profonds d’un mètre cinquante, structures qui ont été construites pour conserver le blé sans qu’il puisse être la proie des rats. Néanmoins, cette cave n’a jamais pu être vraiment utilisable dans la mesure où, à chacune des grandes inondations, elle était noyée des suites d’infiltrations.

La chapelle

L′une des orangeries

Le pigeonnier, quant à lui, est toujours là, malgré une vétusté évidente. Pour ce qui concerne son utilité et son fonctionnement, n’hésitez pas à vous référer à l’excellent article de « l’histoire de St Pardon » du numéro précédent de notre « gazette » !
La mode des orangeries, lancée par Louis XIV à Versailles, a fait bien des émules et de nombreux châteaux en construisirent pour protéger de la gelée les orangers, qui étaient positionnés sur des caisses remplies de terre et déplaçables par un système de portage. Certes, c’est à partir des orangers que l’on extrayait la fleur d’oranger, mais le véritable objectif de cette culture consistait simplement à décorer un jardin d’agrément.
L’aménagement des orangeries est à peu près partout le même : une orientation est/ouest pour bénéficier côté sud du maximum d’ensoleillement. Pour cela, on notera une implantation de grandes fenêtres côté sud et de toutes petites fenêtres côté nord afin de permettre une ventilation. Au milieu du bâtiment se dresse une très grande ouverture pour faire passer sans dégâts les orangers. Toutes les ouvertures devaient être fermées par des fenêtres étanches, afin d’éviter le gel en hiver.
L’utilisation de ces orangeries fut de courte durée et ces dernières ont par la suite principalement été utilisées pour des besoins agricoles.

Conclusion

On pourrait croire que la construction du château des Jaubertes avait pour objectif de gérer le domaine éponyme, mais il n’en est rien. Ce château a clairement été construit pour l’agrément et les loisirs. En tant que seigneurs, ses propriétaires vivaient des revenus divers des droits féodaux et avaient, en réalité, peu de terres. Ainsi, lorsque les Jaubertes ont été achetés en 1594, il n’y avait qu’une métairie et quelques terres en Garonne.
C’est par une volonté politique que la famille a augmenté régulièrement les terres du domaine. Le fait que, sur ce domaine, il y ait des champs d’une relative importance tient au fait qu’avant l’abolition des droits féodaux le 4 août 1789, les seigneurs profitaient du droit lignager, c’est-à-dire qu’ils avaient priorité dans le choix de l’achat d’une terre vendue – à l’image du privilège que détient actuellement la SAFER, et que l’on appelle le droit de préemption…